Através de um pomar

Philippe Jaccottet

Préface de Nuno Júdice

Traduit par Cristina Isabel de Melo

COLLECTION CLASSIQUE VAGAMUNDO
LE LIVRE

Langue : Portugais
Poésie
20 x 11 cm
48 pages
Reliure brochée cousue
ISBN 978-2-9536228-0-5

À travers un verger est un texte sur la beauté d’une amandaie, qui se déploie en un questionnement sur le sens de cette beauté, l’art et le travail de l’écriture, en articulation avec la souffrance et la mort. L’incapacité de Jaccottet à transmettre la beauté de ce verger, telle qu’il l’a vécue, lui enseigne que ce qui est fondamental, précisément, c’est la recherche pour elle-même de l’illimité et de l’ineffable. Através de um pomar est la première traduction en langue portugaise de Philippe Jaccottet.

© Ana Rita Ferreira / Vagamundo

L’AUTEUR

Philippe Jaccottet est considéré comme l’une des figures majeures de la génération des poètes francophones d’après-guerre. Il est né à Moudon (Suisse) le 30 juin 1925, mais il vit depuis plus de cinquante ans à Grignan, dans la Drôme. Son parcours littéraire est très marqué par son activité de traducteur. Parmi les auteurs qu’il a traduits, on compte les noms de Homère, Platon, Góngora, Hölderlin, Leopardi, Rilke, Musil, Thomas Mann, Mandelstam ou Ungaretti. En tant que poète et essayiste, il a publié une cinquantaine d’ouvrages, dont un certain nombre ont été traduits dans plus d’une vingtaine de langues. Philippe Jaccottet a reçu les plus prestigieuses distinctions littéraires et les essais consacrés à son oeuvre sont nombreux. Son écriture se caractérise par un dépouillement intérieur, revendiqué comme tentative de mise en lumière du réel, où les préoccupations de nature esthétique se confondent avec une posture éthique quant à la relation du sujet avec la nature et les autres.

EXTRAIT

Através da névoa feliz das amendoeiras, já não tenho bem a certeza de ver a luz desabrochar, mas sim um velho rosto angustiado que às vezes surpreendo sob o meu, no espelho, com espanto. Detrás das árvores, neste cinzento confuso, aproveitando as falhas que se abrem numa paisagem imprecisa e turva, aos poucos, tudo se enche de sombras que procuram o seu caminho, enquanto ainda têm força, desejo. Mesmo a esta distância, isso assusta; mas falar de sombras, é ainda velar, suavizar o horror real, o que mancharia as palavras se fôssemos obrigados a aproximar-nos. (E um dia seremos forçados a isso.)
© Éditions Vagamundo, 2010

À travers l’heureux brouillard des amandiers, il n’est plus tout à fait sûr que ce soit la lumière que je vois s’épanouir, mais un vieux visage angoissé qu’il m’arrive de surprendre sous le mien, dans le miroir, avec étonnement. Derrière les arbres, dans ce gris confus, profitant des failles qui se creusent dans un paysage imprécis et brouillé, c’est peu à peu plein d’ombres qui cherchent leur chemin, quand elles en ont encore la force, le désir. Même à cette distance, cela fait peur ; mais parler d’ombres, c’est encore voiler, amadouer l’horreur réelle, ce qui ferait tache dans les mots si on était contraint de s’approcher. (Et on y sera bien contraint un jour.)

Extrait : © Éditions Gallimard, 1984


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