L’enfant du Monde

Gilles Cervera

COLLECTION Boquim
LE LIVRE

Littérature
18 x 12 cm
144 pages
Reliure brochée
ISBN 979-10-92521-10-8

Un enfant naît et le malheur d’être homme commence. L’enfant est malade. Son cerveau est soustrait de l’histoire commune. L’histoire est longue, prolongée peut-être car les médecins s’acharnent et, à plusieurs reprises, le sauvent. L’enfant est très puissant dans ce qu’il crée de lien sauvage, sans mots ni langage, ou tellement infinitésimal. Nés avec l’enfant, la souffrance, la séparation et surtout le non-dit. Ce livre pour tous les enfants du nom-dit.

L’AUTEUR

Gilles Cervera vit entre Bretagne et Languedoc. Né le 14 septembre 1954, il est d’abord instituteur puis psychologue. Il devient responsable d’institutions psychothérapiques ou de protection de l’enfance. Il tente d’exercer les trois métiers impossibles (de Freud) : éducateur, soignant et parent (il a deux fils) ! Il est aujourd’hui dégagé de la responsabilité institutionnelle tout en y travaillant encore en tant que psychanalyste-consultant.
Responsable durant vingt ans d’une revue professionnelle nationale, il ne cesse d’écrire : articles scientifiques, verbatim, comptes rendus ou notes d’incident, l’écriture — y compris administrative ou épistolaire — est pour lui, à part entière, de l’écriture.
Il soutient des artistes dans leur émergence et tente des correspondances écrites avec leur travail.
Il a publié Si proche sous le porche des yeux, poèmes, éd. Les Paragraphes littéraires de Paris, 1979 ; Negrões, la mémoire blanche, en collaboration avec le photographe Gérard Fourel, éd. Le Petit Démon, 2004 ; Travailler ensemble, un défi pour le médicosocial : Complexité et altérité, essai, éd. Érès (collectif), 2013 ; Le Diagnostic participatif, essai, éd. l’harmattan, 2013.

EXTRAIT

C’est une biographie avec un début dont la fin viendra. Entre les deux, tout cela qui n’est pas vide. Tout cela qui forme un lac gelé, sombre dessous et sombre dessus. Un lac noir de bas en haut. Vitrifié. L’enfant n’agit pas sur le monde. Il le domine. Il domine tous les vivants qui savent de sa naissance à aujourd’hui son alitement. Son éloignement rapproche les uns et les autres dans le boucan, le vacarme, le ramdam du silence. Voyez comment le nommer, c’est un rassemblement d’épars. Une réunion dispersée. Aucun acte. L’enfant ne fait rien. Ne dit rien. Il ne bouge que par ressauts ou risques de convulsion. L’électricité. Il ne remonte pas les trains par le haut des toits la nuit dans les gares abandonniques de province. Il ne joue pas avec les caténaires et ne chute pas. Le courant fait masse mais au-dedans. Il ne risque pas sa peau, ne joue pas avec le feu. On ne retrouve pas son corps comatique le long des wagons, sa tête en sang près des ballasts. Cela n’appartient pas aux mêmes catégories, ne ressort pas des mêmes faits divers. L’enfant n’est pas un fait divers, c’est un fait. L’enfant fait.

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